28 janvier 2010

C'est la nouvelle image d'Aix les Bains, celle qu'un député-maire actionnaire a appelée de ses voeux...

 

Si l’on s’en réfère à ce qu’a annoncé Dominique Dord lors de ses vœux à la population, le fait marquant de l’année 2010, voire même l’événement de la décennie, sera l’ouverture avant l’été d’un second casino (à la Bognette).

 

A en croire le député-maire UMP, ce second espace de jeux d’argent est l’attraction que tous les Aixois attendaient et qui va faire retomber sur la ville sa manne providentielle.

Pour ce qui est des « rentrées fiscales » espérées de cette ouverture, on attendra pour voir, mais pour ce qui est de la « moralité » de cette déclaration on peut en parler tout de suite. Car il ne faut pas se voiler la face : un casino (quand bien même on l’appellerait Poker Bowl) est avant tout un établissement dans lequel des pauvres gens, et d’autres un peu moins pauvres, viennent perdre de l’argent qui enrichit des actionnaires. Dès lors est-il bien séant qu’un maire se vante de la multiplication de tels lieux dans lesquels les gens les plus fragiles peuvent y perdre plus que leurs économies..?

 

Mais c’est un autre aspect du « casino » qui retient aujourd’hui notre attention. Car le casino d’Aix les Bains n’est pas qu’un établissement de jeux d’argent, c’est aussi un établissement de « plaisirs », si l’on ose l’écrire ainsi. Les jeux traditionnels et les machines à sous ne suffisant pas au bonheur de sa direction, le Casino s’est diversifié. Notamment avec une boîte de nuit qui a régulièrement défrayé la chronique. Et si on en reparle aujourd’hui c’est que cette discothèque semble désormais présenter « l’image de marque » (sic) de la ville, du moins si l’on en juge au document reproduit ci-dessous et largement distribué en Savoie.

cocoon

Il y a d’abord quelque chose de remarquable dans cette publicité pour la discothèque du Casino, Night-Cocoon. Bien que cette publicité soit distribuée dans toute la Savoie et même un peu en dehors des limites du département, il n’y est fait aucune référence à son implantation géographique à Aix les Bains. C’est dire si désormais la notoriété de Night Cocoon est telle qu’elle est automatiquement associée à la ville d’Aix les Bains sans qu’il soit besoin de la situer avec précision. Avant c’était aves ses Thermes nationaux qu’on identifiait Aix, demain ce sera avec ses casinos et ses boîtes de nuit. Une surprenante reconversion.

Mais ce qui choque le plus dans cette publicité c’est l’accent mis sur la consommation de boissons alcoolisées. Non seulement des soirées sont entièrement patronnées par des marques « de vins et spiritueux », mais surtout l’accent est mis sur la possibilité de consommer « à moindre frais ». Ainsi quand on lit que l’entrée est « gratuite pour les filles » et que la bouteille est à 50 euros, on y voit là une invitation à y consommer plus que de raison (si on présume qu’à 50 euros, c’est plus une bouteille de vodka qui est proposée qu’une bouteille d’eau minérale). A l’heure où de grandes campagnes d’information sont lancées en direction des jeunes pour les alerter sur les dangers de l’alcool, voilà une publicité qui tombe vraiment mal.

 

Elle tombe d’autant plus mal que le principal actionnaire du Casino, et donc de la discothèque en question, est la ville d’Aix les Bains (ceci en toute illégalité si l’on en croit la Chambre des Comptes) . On a donc le paradoxe suivant ; le député Dord, quand il est au Parlement, vote des lois censées lutter contre l’alcoolisation des jeunes. Et quand il est à Aix les Bains, le même député est le principal actionnaire d’une discothèque qui encourage la distribution de boissons alcoolisées à ces mêmes jeunes. Et lorsqu’il présente ses vœux aux parents (voire plutôt aux grands parents vu l’âge de ses supporters) de ces jeunes, le député-maire se félicite de la réussite de cette entreprise. C’est ce que l’on appelle un bel exercice de schizophrénie.

 

 

Un dernier pour la route : Bien que la Chambre des Comptes ait estimé que cela n’était pas très légal, la ville d’Aix les Bains est toujours l’actionnaire principal de la Société Anonyme qui gère le Casino. Ces dernières années, et récemment encore, la mairie d’Aix les Bains a accordé à la société du Casino d’importantes subventions, aux frais des contribuables, pour rénover ses locaux. Tout cela démontre bien l’implication du maire d’Aix les Bains, avec les fonds publics, dans les affaires du Casino. Cela devrait l’inciter à la plus grande prudence. Pourtant, malgré cette large implication financière, c’est dans une des salles du Casino que Dord vient d’organiser son grand raout annuel (environ 500 invités payants selon les sources). On peut alors se demander s’il n’y aurait pas là une curieuse confusion des genres.

On ne serait qu’à moitié rassuré si Monsieur Dord publiait la facture que n’a pas manqué de lui adresser le directeur du Casino et de quelle manière et sur quels fonds le député s’en est acquitté ? On dit bien à moitié rassuré car, si notre mémoire est bonne, un prédécesseur de Dord a été sanctionné par la justice pour avoir utilisé à des fins personnelles, y compris en payant, un équipement dans lequel les finances de la ville étaient impliquées. On va finir par croire qu’il y a une justice à deux vitesses dans la région.

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