La chronique du Dimanche: la Revanche du Grand Baratineur:
Notre Grand Baratineur, par un dimanche morose et froid, s'est plongé dans ses archives de presse. Il en est ressorti tout guilleret et a tenu à nous faire partager sa bonne humeur. "Une oasis de connerie dans un désert d'idées!"
Ce dimanche, après la messe, comme ma femme m’interdit de ressortir et comme je ne peux pas encore faire le kakou sur mon tracteur pour tondre ma pelouse (plaisir que je m’offre essentiellement le dimanche après midi, bien que ce soit interdit et que ça emmerde mes voisins), je me suis plongé dans les vieilles coupures de presse que je garde comme des reliques. Parmi de nombreuses perles, j’ai retrouvé un article du dauphiné daté du 12 décembre 2006 qui m’a littéralement plié de rire. On pouvait y lire que j’allais relancer l’activité thermale locale grâce à mon nouveau slogan « Vanter la région avec ses oasis de chaleur dans un désert de neige ». Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ce grand moment de rigolade (et pour les sceptiques, ils trouveront une copie intégrale de cet article au bas de cette chronique).
Eh, oui, c’était il y a trois ans. Je ne doutais déjà (encore) de rien et surtout pas de moi. Je ne craignais ni rien ni personne, et pas davantage le ridicule. A peine nommé président d’une fantomatique fédération régionale et thermale je décidais de m’atteler aux « lourds défis qui attendent le thermalisme de demain ». Et mon ambition était grande car ce n’était pas seulement le thermalisme aixois qui avait besoin de mes lumières mais celui « de la région Rhône Alpes » voire aussi celui « de la région PACA à qui j’envisage de proposer une alliance ».
A ce stade de l’interview, ma journaliste préférée me demandait par quel bout allais-je prendre le problème de la fuite des curistes ? Ma réponse fusait alors: « Je compte proposer aux autres stations la recette que je tente d’appliquer à ma ville : développer le tourisme pour valoriser la destination thermale ». Oui, vous avez bien lu, je comptais bien « proposer aux autres stations » ce que j’avais fait à Aix. A ce stade de ma chronique, je crois utile de vous rappeler, vous qu’Alzheimer guette, que « la recette que j’ai appliquée à la ville » s’est soldée par la perte nette de 55.000 curistes cumulés en sept ans, par un déficit cumulé de 15 millions d’euros, par la fermeture de 25 hôtels ou encore par la diminution de 25% de la fréquentation touristique. C’est dire si j’avais des chances de convaincre les « autres stations » de suivre « ma recette ». Ceci rappelé, je poursuis la lecture de cet article de décembre 2006… Ma Muriel de journaliste me demandait ensuite si j’avais déjà des pistes de travail. Bien sûr répondais-je « Mon idée est de travailler sur un concept réaliste mais mal connu du grand public, les Alpes chaudes ». Je vous passe sur le « concept réaliste » pour vous inviter à réfléchir sur les « Alpes chaudes », vous qui depuis deux mois grelottez dans cette région. Les Alpes chaudes ! Encore une belle dorderie. Et voici comment je justifiais cette appellation « Le lac du Bourget est à 25 degrés en été et personne ne le sait ». C’est vrai, je le reconnais aujourd’hui, il n’y avait pas plus stupide comme argument ! Mais mon journal préféré l’avait pourtant repris sans y déceler la moindre ironie. Il faut dire qu’un peu plus loin je lui faisais part d’une autre de mes découvertes, fruit sans doute d’abondantes et fertiles recherches : « Nous n’avons pas la mer en Rhône Alpes ». Ça alors, qui l’eut cru ?
Bon, maintenant je vais faire court, car toute mon interview est du même acabit. J’y enchaîne les lieux communs aux invraisemblances. Je ne recule devant aucune énormité, comme par exemple quand j’affirme que « je vais prendre mon bâton de pèlerin et faire le tour des départements pour souder les stations sur mon projet ». Trois ans plus tard, je serais bien en peine de vous citer une seule station qui se serait « soudée à mon projet ». Au contraire, celles qui ont réussi sont justement celles qui ont fait le contraire de ce que j’ai fait à Aix. Le meilleur exemple en est donné par Balaruc. Là-bas ils ont fini de municipaliser leurs Thermes pendant que moi je privatisais les miens. Résultat : ils ont augmenté leur fréquentation de 17% là où j’ai fait chuter celle d’Aix de 32 %. Mais tout cela n’a de l’importance que pour vous, pas pour moi. Pour moi, ce qui compte, c’est uniquement l'image de moi que l'on vous renvoie. Tous ceux qui ont lu l’article à l’époque ont cru que j’étais vraiment l’homme de la situation, que j'avais vraiment été désigné pour faire partager "mon concept" à tous les autres. C’est bien cela l’essentiel. Mon journal a donné une bonne image de moi et c’est tout ce qui doit rester, qu’importe si je n’ai rien fait de ce qui a été écrit. Et avouez que si je n’avais pas ressorti cet article, histoire de bien me foutre de votre tête, personne ne s’en serait souvenu. Personne ! Il faut l’admettre une fois pour toutes : à ce jeu là je suis imbattable. Le roi de la com’, c’est moi. Com’ comme communication, com’ comme comédie ! Allez, un dernier pour la route comme dirait mon nègre, juste histoire de bien me moquer de vous jusqu’au bout. En 2001, j’avais déjà inventé la formule « Fini le thermalisme en survêtement vive le thermalisme à paillettes ». Mais en 2006, avec « Vanter la région avec ses oasis de chaleur dans un désert de neige », j’ai vraiment décroché la palme de la formule à la con. Tenez, dans le même genre, je suis sûr que si moi, j’étais maire de Port au Prince (mais les Haïtiens ont déjà assez de malheurs comme ça, ne leur en rajoutons pas), j’aurais été capable, pour faire parler de moi, de trouver comme slogan : « Une région qui se secoue dans un désert d’immeubles ». Car, comme le disaient mes professeurs, avec moi c’est toujours « un déluge de mots dans un désert d’idées » (Ci-dessous la copie de l'article paru dans le dauphiné du 18 décembre 2006.)
A la semaine prochaine. signé: D.D. alias le Grand Baratineur
p.c.c. Jacques Girard
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